Quand Olympe de Gouges déclarait les Droits des femmes

Portrait de Marie-Olympe de Gouges attribué à Aleksander Kucharski 

Les femmes sont au cœur de la Révolution Française. Elles participent aux insurrections, tiennent des salons, forment des clubs, les « tricoteuses » assistent aux assemblées politiques depuis les tribunes publiques – faute de pouvoir y siéger. Au-delà de la colère sociale, certaines commencent à réclamer plus d’égalités entre les sexes. Elles s’appellent Théroigne de Méricourt, Claire Lacombe ou encore Olympe de Gouges.

Mais  les révolutionnaires n’en veulent pas… en tout cas pas dans la sphère politique. « Une femme n’est bien, n’est à sa place, que dans sa famille ou dans son ménage » peut-on lire dans le numéro 89 du journal Les Révolutions de Paris. Et voilà les femmes renvoyées dans leurs chaumières, enfermées dans la prétendue « vertu » que leur imposerait leur sexe, en opposition aux mœurs de cour et au libertinage. Ou quand la Révolution devient oppression.

Une version féministe

Le 14 septembre 1791, Louis XVI prête serment à la Constitution. En préambule, le texte reprend la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, écrite à la fin de l’été 1789. Olympe de Gouges saute sur l’occasion. Déçue de l’Assemblée constituante qui a négligé les femmes – elles ont obtenu la fin des vœux religieux et l’égale répartition des successions, mais pas le droit de vote – elle publie une version féminine, de fait féministe.

« La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. »

Exécution d’Olympe de Gouges  le 3 novembre 1793, peinte par Mettais

Au  premier article qui affirme « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. », Olympe répond « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. » L’auteure transforme ensuite l’article 4 et son éternel « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » en une dénonciation à l’encontre des hommes : « La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui, ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose, ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison. »

Égalité politique

Parfois au contraire, elle colle au texte d’origine, mais le simple fait d’y ajouter « citoyennes » sonne comme un rappel à l’ordre insolent. Article 6 : « La loi doit être l’expression de la volonté générale : toutes les citoyennes et citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation […] toutes les citoyennes et citoyens étant égaux à ses yeux doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents. »  Le message est clair : les femmes doivent pouvoir participer à la vie politique et accéder aux responsabilités.

« La femme a le droit de monter sur l’échafaud,
elle doit également avoir celui de monter à la tribune »

Vient alors cet argument qui prendra encore plus son sens sous la Terreur : « la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit également avoir celui de monter à la tribune ». A l’article 16, Olympe tacle également l’Assemblée : « la Constitution est nulle si la majorité des individus qui composent la Nation n’a pas coopéré à sa rédaction ». Comment peut-on adopter une Constitution alors qu’on écarte les femmes des débats ? 

Un sexe respectable et méprisé

Ce qui révolte Olympe de Gouges, c’est que pendant des siècles les femmes ont usé de leurs ruses et de leurs charmes pour prendre le pouvoir, agissant dans l’ombre. Et lorsque les femmes veulent être honnêtes et s’engager pour le bien public, les voici jetées à terre. Un sexe « autrefois méprisable et respecté » et « depuis la Révolution, respectable et méprisé ».

Un an plus tard, le divorce est autorisé en France – une autre revendication d’Olympe – ce  sera quasiment la seule avancée. Car si les femmes ont quelques alliés à l’Assemblée, Condorcet ou Vergniaud, elles ont surtout des détracteurs. Sylvain Maréchal, par exemple, leur explique : « Enfant, Epoux, Père […] Tous vos devoirs, tous vos plaisirs, tous vos droits sont renfermés dans ses trois mots. » (Dame Nature à la barre de l’Assemblée nationale, 1791)

Le 30 octobre 1793, la Convention interdit les clubs de femmes. Quatre jours plus tard, Olympe de Gouges est décapitée pour ses écrits politiques (cf encadré). Dix ans après, le code civil napoléonien limite le divorce et déclare la femme incapable juridiquement. Retour à la case départ, version pire. Mais comme disait Olympe « Quelques soient les barrières qu’on vous oppose, il est entre votre pouvoir de les affranchir ».

Plaque commémorative au 18 rue Servandoni, Paris (6ème) ©Wikimedia Commons / Mu

Qui est Olympe de Gouges ?

Marie Gouze est née  le 7 mai 1948 à Montauban, fruit d’un amour malheureux entre Anne-Olympe Gouze, la femme d’un boucher, et Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, homme de lettres et magistrat. Mariée à 16 ans, veuve à 18, elle rencontre ensuite Jacques Biétrix Villars de Rozières. Elle refuse de l’épouser mais il restera son protecteur et lui enverra régulièrement de l’argent. La jeune femme prend le nom d’Olympe de Gouges et monte à Paris où elle mène une vie de femme galante, côtoyant salons et intellectuels.

A 30 ans, elle se lance dans une carrière de femme de lettres pour diffuser ses idées (féministes, anti-esclavagistes, humanistes, sociales). Elle écrit des pièces de théâtre, un peu maladroites, puis se politise davantage sous la Révolution, publiant pamphlets, brochures et pétitions. Mais sa proximité avec les Girondins, son goût pour la modération – elle a longtemps cru dans la monarchie constitutionnelle et s’est proposée pour défendre le roi aux côtés de Malesherbes lors de son procès – ou encore ses propos virulents à l’égard de Marat et Robespierre… la menèrent à l’échafaud le 3 novembre 1793.

Après avoir été renvoyée aux oubliettes par le XIXème siècle misogyne qui tenta de la faire passer pour une hystérique et une prostituée, elle est remise au goût du jour au XXème siècle dans les milieux féministes et universitaires. En 2007, Ségolène Royal proposait de l’installer au Panthéon. Pour le moment, elle devra se contenter d’une plaque commémorative au 18 rue Servandoni, à Paris, où elle vécut un temps.

Pour en savoir plus

-Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femmes et de la citoyenne, 1791

– Olivier Blanc, Marie-Olympe de Gouges, Une humaniste à la fin du XVIIIème, R. Vieret, Belage, 2003