La Mode : une compréhension particulière de l’histoire – Partie II : Le corset

Définition du corset

Après avoir fait un petit tour du côté du Moyen Âge occidental, il est désormais temps de nous intéresser à l’accessoire féminin qui va dominer la garde-robe durant plus de trois siècles : le corset. Il s’agit d’un sous-vêtement féminin constitué de baleines rigides, devant modeler le buste des femmes selon les goûts de l’époque. On parle de « corsage » lorsque les baleines étaient directement introduites dans la robe, et de « corps à baleine » lorsqu’on avait une pièce supplémentaire en dessous de la robe. Devenu à la fin du XIXe siècle le signe de l’oppression des femmes, il a eu plusieurs formes depuis sa première introduction, au milieu du XIVe siècle.

Corset "aéré" anglais du XIXe siècle - © Wikipédia
Corset « aéré » anglais du XIX siècle © Wikipédia

La première apparition du corset

Ainsi, le corset est apparu en premier lieu à la cour espagnole. Petits rappels historiques : après la Reconquista et la découverte de l’Amérique en 1492, l’Espagne assiste à l’avènement des Habsbourg, et notamment de Charles Quint, qui va participer au rayonnement mondial de son pays. C’est ce qu’on appelle le « Siècle d’Or » espagnol. Comme toujours, les nouveaux statuts sociaux vont amener une nouvelle mode, celle du corset. En effet, l’idée prônée alors par la noblesse, est celle de la rigueur, de l’artificialité : on cherche par le physique à se montrer digne d’un pouvoir aussi rigide. Les tableaux de Velázquez sont le meilleur vestige que nous avons de cette mode, qui va durer plusieurs siècles.

Il faut donc bien saisir que l’apparition du corset doit être reliée à la nouvelle politique : la mode doit être aussi ostentatoire que le pouvoir, et surtout, elle doit être visible de tous. Ainsi, le fait de porter un corset sous un vêtement volumineux composé par ailleurs de plusieurs couches est un moyen de montrer aux yeux du peuple l’étendue de son argent (puisque plusieurs habilleuses étaient nécessaires) et de son pouvoir. Cette mode va très rapidement s’étendre à toutes les cours royales d’Europe, et on va voir des variations apparaître selon les goûts de chaque pays – néanmoins, l’idée de rigidité continue à primer.

L’Infante Marguerite, Diego Velázquez, vers 1653
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Néanmoins, il faut bien comprendre que cette mode très rigide, qui contraint le corps afin de lui donner l’aspect souhaité n’est pas que l’apanage des femmes. Bien au contraire, même s’ils ne doivent pas porter de corset, les hommes sont aussi contraints à des artifices afin de renforcer leur virilité : des pourpoints renforcés afin de rendre les épaules plus carrées et des coques pour « agrandir » leur sexe. La différence est qu’ils ont très vite pu s’en débarrasser, alors que les femmes vont continuer pendant plusieurs siècles à porter ce sous-vêtement particulièrement contraignant.

Ses évolutions

Ce n’est que vers la fin du XVIIe siècle que le corset descend de la royauté à la noblesse : c’est l’apparition de la robe-manteau (qui selon les coupes et les époques prendra le nom de robe à la française au XVIIIe siècle, ou robe à l’anglaise). Contrairement au corset espagnol qui cherchait à broyer la poitrine pour montrer un buste totalement droit et sans forme, la robe manteau se constitue elle d’un corset chargé de relever les seins. L’idée est alors de marquer la féminité avant tout – ce que montre aussi la présence du faux cul. Il s’agit pourtant d’une tenue pensée comme négligée, et on ne la voit que très peu à la cour.

Robe à la française avec broderies de laine, 1750
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C’est à cette époque que le corset devient un véritable objet de torture. Les petites filles devaient le porter dès l’âge de sept ans, afin que leur corps soit modelé tout au long de leur puberté. Particulièrement serré pour marquer une taille artificiellement fine, il cassait les côtes flottantes des demoiselles, et les empêchait de respirer convenablement. L’idée selon laquelle les femmes sont faibles puisqu’elles s’évanouissent à la moindre contrariété prend source dans ce sous-vêtement particulièrement douloureux. Elles n’étaient pas faibles, mais affaiblies.

Un objet réellement disparu ?

Le corset est finalement devenu au fil des siècles une manière pour les femmes de se rendre faibles elles-mêmes ; la pression sociale les obligeaient à en porter un, mais se faisant, elles s’exposaient à de nombreux problèmes de santé, et perpétuaient l’idée de la femme comme chose fragile. Cela ne rappelle-t-il pas les diktats de la mode, qui font encore de nombreux ravages chez les adolescentes aujourd’hui ? Nous sommes au XXIe siècle et nous n’avons plus à porter de corset. Pourtant, nous en subissons toujours l’idéal.